Rappelez vous les années 70 ! A la suite des mouvements contestataires de la décennie précédente, le mouvement hippy aux Etats-Unis, Mai 68 en France, une vague de libération des moeurs et un gigantesque melting-pot culturel se font jour.
Dans le domaine des arts, l'époque est aux expériences et aux croisements de tous ordres. Les Beatles montrent la voie en intégrant à leurs compositions des influences venues d'Orient, de la musique classique, des fanfares ou du jazz. Bientôt, à l'aube des seventies, un bouillonnement culturel sans précédent se manifeste dans la culture populaire : tous les arts sont touchés par la déferlante pop.
Dans le domaine de la musique rock en particulier, l'innovation est le maître mot, et des courants stylistiques nouveaux surgissent du néant. Parmi ceuxci,
la palme de l'originalité revient sans conteste au courant qu'on nommera bientôt
"rock progressif".
Profitant de l'arrivée à point nommé de nouveaux instruments de musiques comme le Mellotron, qui, utilisé dès les années 60 par les Moddy Blues, reproduit à merveille les sons de violons et d'orchestres symphoniques, ou,au début des années 70 du synthétiseur dont Keith Emerson fait d'emblée un usage aussi efficace que spectaculaire au sein de Nice, le rock progressif va pouvoir donner lieu à une floraison d'expériences musicales inédites et de métissages culturels passionnants.
Le mariage réussi entre musique classique et Rock va donner naissance au courant Rock Symphonique dont les représentant les plus prestigieux seront Yes, Emerson, Lake & Palmer, King Crimson, Genesis ou Gentle Giant.
L'alliance avec le courant jazz donnera en Angleterre la très subtile Ecole de Canterbury dont seront issus Soft Machine (avec Robert Wyatt), Caravan, Camel, Hatfield & the North, National Health.
L'usage intensif des instruments électroniques permettra l'éclosion de plusieurs familles musicales : la musique planante, surtout vivace en Allemagne avec Tangerine Dream, Klaus Schultz, Amon Düul, Agitation Free, mais aussi en Angleterre avec plus de nuance chez Pink Floyd, Mike Oldfield, Gong ou Hawkwind.
L'attirance pour les musiques folk, traditionnelles, médiévales marquera des groupes comme Jethro Tull ou Gentle Giant alors que les univers sombres de la sciences fiction inspireront Vand Der Graf Generator.
Ce sera une folle décennie de création tous azymuts, d'expérimentation effrénée et de délires sans limites, qui marqueront à jamais l'histoire de la musique.
Après une traversée du désert d'une dizaine d'année, autant due à l'arrivée des modes suivantes qu'à un certain tarissement de l'inspiration, le rock progressif renaît de ses cendres vers la fin des années 80 avec l'émergence de Marillion et du courant néo progressif et s'épanouit aujourd'hui dans le monde entier avec une multitude de groupes aussi créatifs qu'innovateurs : aucun pays n'est épargné, de l'Europe (Est compris) à l'Amérique du Sud, du Japon à l'Australie, aucune musique ne résiste aux expérimentateurs du rock progressif (maintenant la world music,
la musique contemporaine etc.).
En revenant sur le devant de la scène, le rock progressif a gagné un nouveau public d'amateurs éclairés lassés de n'être que les consommateurs de la dernière mode promotionnée par les médias, et a généré une pléiade de groupes qui essaiment dans le monde entier. Il a gagné sa pérennité et le droit d'être reconnu comme un style musical à part entière.
Philippe Arnaud